Je n’aime pas trop parler ici de ce blogue, ou plutôt de ma façon de mon processus d’écriture et de mon rapport à la création. Je suis mal à l’aise à l’idée de bloguer au sujet de bloguer ; autrement dit : méta-bloguer.
L’étymologie me semble rendre le terme “métabloguing” tout naturel. La métacognition est la réflexion au sujet de la pensée, les métadonnées sont les données au sujet des données… Comment appeler autrement le fait d’écrire des articles de blogue au sujet de l’écriture d’articles de blogue ? Si le terme n’existe pas déjà, faisons-en la promotion !
J’aime parler des outils que j’emploie et de leur philosophie libre et ouverte, mais c’est un sujet assez impersonnel qui concerne moins le blogue que ces outils. J’ai toujours aimé parler d’informatique.
J’aime aussi partager ce que j’ai écrit autour de moi, dans la vraie vie comme sur internet, mais c’est simplement le propre de tenir un blogue, pas de mettre à nu ma relation à la création.
Philosopher ici sur l’écriture, je n’aime pas ça.
J’ai une certaine pudeur (mal placée, sans doute) qui me retient d’écrire et réécrire montagnes billets sur les bienfaits de tenir un blogue, la façon dont je cherche des idées, les difficultés que je peux rencontrer à mettre en forme mes pensées d’une façon que je juge sympa, et de la frustration de trop rarement y parvenir.
Pourtant, parcourez la blogosphère et vous verrez que c’est un thème très récurrent pour un blogueur que sa propre écriture. Tutoriels, conseils, calendriers de publication, mots-clefs et éphémérides visant à susciter l’inspiration : c’est une petite industrie que de s’adresser à ceux qui écrivent plus qu’à ceux qui lisent. Une industrie dont je me méfie et que je rechigne à rejoindre.
Méta-blogging et nombrilisme ?
J’ai dû lire quelque part (et ne retrouve bien sûr plus la source) un avis bien trempé critiquant cette tendance, la qualifiant de pauvre intellectuellement, de nombriliste, de façon de parler pour ne rien dire.
Il est vrai qu’on trouve de nombreux articles sur “comment bloguer” gorgés de règles et préceptes à suivre pour rencontrer le succès en tant que blogueur. Si quelques-uns contiennent parfois des avis utiles, une grande part peut se résumer par l’injonction paradoxale “soyez spontanés”, oxymore étrange invitant à suivre toute une charte d’écriture pour être soi-même.
Ces articles me font un peu penser à ces influenceurs/auteurs qui prétendent enseigner comment devenir riche, populaire ou réussir en amour à longueur de journée, ré-éxpliquant en boucle les mêmes platitudes et en écrivant moult livres, s’exposant souriant sur la couverture, une dentition aveuglante de blancheur.
De nature suspicieuse, je me demande toujours : “si cet auteur est compétent au point de pouvoir donner des leçons sur le succès, qu’a-t’il vraiment accompli de valeur ?”. Et j’ai le préjugé (peut-être infondé) qu’hormis parler de succès, rien de beau ni d’utile n’est sorti de leurs caboches.
Je voyais le métabloguing un peu du même œil : parler au sujet de ses habitudes d’écritures me semblait dénué de sens et d’intérêt. Ce qui est beau dans les blogues perso, c’est leur individualité, les styles très variés des différents auteurs. Quel intérêt de vouloir tout uniformiser par des conseils d’écritures, sous des règles à suivre ? J’ai la conviction qu’une bonne part de ces articles tutos sont davantage écrits par les auteurs pour se rassurer eux-même de leur légitimité à écrire que pour transmettre leur savoir.
Pourtant, j’ai lu à quelques semaines d’intervalle deux billets de métabloguing de blogues que j’aime suivre (ici et là). Ces derniers, s’ajoutant m’ont fait changer d’avis. Les auteurs n’y donnent aucun conseil, mais livrent bien quelque chose de personnel en exposant leurs doutes et leurs complexes, leurs hésitations, leurs blocages. Ils utilisent finalement leurs articles comme support à la remise en question de leurs pratiques d’écriture, un médium à l’introspection.
Le résultat est touchant. Parce que j’aime bien ces auteurs et souhaite les voir prospérer dans leur écriture (égoïstement, je souhaite les lire davantage !). Parce que j’ai l’impression à force de les lire de les connaître d’une façon un peu parasociale1, je leur souhaite de se sentir bien, en harmonie avec eux-mêmes et leurs loisirs.
J’aurais envie de leur dire que le fruit de leurs efforts est apprécié, au moins de moi, même dans leur simplicité la plus maladroite. Que leur ouvrage a de la valeur.
En plus de mobiliser mon empathie, leurs réflexions sont inspirantes. Elles me font réfléchir à mes habitudes d’écriture à moi.
Je n’ai pas le sentiment de ne plus rencontrer de tels blocages, mais peut être que je suis aveugle à mes propres limites ? J’ai cessé d’écrire pendant un mois à cause de problèmes techniques, et pendant cette période écrire m’a en fait manqué. J’ai trouvé ce sentiment rafraîchissant, et renoue joyeusement avec l’écriture.
Au final, Je crois que le problème ne réside pas dans le fait de méta-bloguer, mais dans le ratio blogue/métablogue. Un site internet qui parle principalement de sa propre construction est tautologique et vide de sens. Un site par ailleurs bien fourni, prenant ponctuellement le temps de s’interroger sur ses mécanismes et processus est en revanche tout à fait intéressant.
Bref, je vais essayer d’être un peu moins con-descendant et m’autoriser, moi aussi, un peu de métabloguing.
Écrire pour quoi ?
J’ai eu longtemps du mal à m’impliquer dans le blogue. Depuis le lycée, j’ai par plusieurs fois tenté d’en créer, toujours sans succès. L’actuelle tentative est la première fois que j’arrive à cultiver quelque chose qui me plaise, et que je m’y tienne plus de quelques semaines.
J’ai réalisé que je plaçais trop d’attente, trop d’exigence de qualité sur mes écrits : je ne voulais publier que des articles sans erreur, traitant de sujets maîtrisés et soigneusement sourcés. Du travail de bon journaliste, en somme.
Mais je ne suis pas journaliste, et ne suis tenu ici qu’à la “qualité” que je choisis. Après un changement de perspective nourri de la lecture d’autres d’autres blogueurs, je vois le mien comme un “jardin digital”, un endroit où je sème les idées qui me viennent et laisse pousser ce qui veut bien. C’est aussi un peu un journal de vie publique, une collection de notes et de remarques à moi-même, de curiosités dont je veux me souvenir. Il m’est d’ailleurs déjà arrivé plusieurs fois de venir me relire à la recherche d’une info oubliée !
J’essaye donc activement de lutter contre l’ambition d’une qualité inatteignable et futile. Et plus je m’autorise les approximations, plus il est facile et plaisant pour moi d’entretenir ce blogue2, délaissant l’aspiration à une rigoureuse quête de Vérité au profit de good vibes.
Un blogue rigoureux et source fiable d’information a tout à fait sa place dans la blogosphère ! Il en existe pleins d’ailleurs, spécialisés dans différents domaines. Mais ce n’est plus mon objectif ni mon envie depuis l’avènement de cet actuel journal de bord.
Écrire pour qui ?
Par rapport à la question de “vais-je être lu ?” par contre, je suis depuis longtemps très serein. Certains blogueurs se demandent si ce qu’ils écrivent est intéressant, sera lu et apprécié. Ils expliquent faire un effort conscient pour “écrire pour eux-même” et détacher d’un besoin de reconnaissance, d’un doute sur leur légitimité à écrire, d’une forme de syndrome de l’imposteur.
Je parle bien là des blogues comme loisir. Il est évident qu’un site pro, qu’un auteur dont l’écriture est le métier, a bel et bien besoin de s’inquiéter d’être lu.
Je ne sais pas pourquoi je suis en paix avec cet aspect de mes interactions sur internet. Je n’ai pas le sentiment d’être entravé par ces préoccupations. Mon blogue m’a au moins moi comme lecteur avide ; il a la valeur dès lors que j’y verse, et tout autre visiteur est une joyeuse surprise. Si je mesure le taux de visite de mon blogue, c’est plutôt par curiosité. J’ai même déjà réfléchis à enlever le décompte.
Tout ça pour dire…
Je suis vraiment heureux de m’être taillé cette petite niche en ligne qu’est un blogue personnel. C’est pour moi une grande satisfaction, un plaisir même, qu’a confirmé l’arrêt forcé d’écriture qui a couru sur le mois de mai. Ça me fait du bien, j’aime participer et lire d’autres blogueurs, et j’ai l’impression d’avoir un peu de contrôle sur ne serait-ce qu’un fragment d’un monde numérique toujours plus centralisé. J’ai réussi à le construire sur des outils qui me garantissent de pouvoir le faire migrer et persister même si les géants du web s’évanouissent dans l’ether.
Ce petit journal en ligne dure maintenant depuis 2022 et totalise plus de 150 articles. Ça me plaît beaucoup de le voir grandir.
Je n’ai pas de conseils à donner sur comment publier un site personnel. De nombreux gourous font l’apologie de cet exercice et prescrivent de tenir un journal comme secret du bonheur, et je me garderai bien d’être aussi catégorique. Je crois que dans le contexte actuel de domination de monde numérique par des entreprises privées aux intérêts éthiques douteux, il est important de cultiver un tel espace de liberté et d’indépendance. Mais j’admets que ce n’est pas forcément au goût de tous.
Je sais juste que tenir ce blogue, à mon rythme, avec des outils ouverts et indépendants, pour en partager les fruits me fais du bien et me rend fier quel que soit mon lectorat.
Ainsi donc, bonne lecture ! 👋
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Une relation parasociale est une relation asymétrique où l’un des participants ignore tout de l’autre, et ou ce dernier développe une illusion d’intimité et une forme de dépendance au premier. (source: psychologies.com). Elles apparaissent avec la télévision, la radio, les réseaux sociaux… Et peuvent poser de nombreux problèmes quand elles prennent trop de place, surtout au détriment des relations interpersonnelles plus classiques. ↩︎
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Bon, je m’arrange tout de même pour ne rien écrire de faux, et vérifier un tant soit peu ce que je dis. Quand j’aborde des notions qui me semblent floues, ou partage des informations concrètes, je cherche des sources et je me documente tout de même un peu. J’ai simplement arrêté de faire des revues de littérature à chaque billet. Moins de pression, plus de joie et curiosité spontanée. ↩︎