Invité dans un épisode du podcast “Continue tu m’intéresse” de Patrick Baud traitant (entre autres choses) d’afro-futurisme1, Michael Roch parle de la conception un peu différente du temps qu’ont certaines cultures d’Afrique et d’Asie.
Le rapport à la temporalité des récits afro-futuristes, c’est un rapport d’emmêlement. Le futur se mêle au présent et se mêle au passé. […] Cet emmêlement du temps, qui nous fait sortir, nous fait déborder de notre linéarité finalement, qui est aussi acquise et promue par la pensée occidentale.
Dans d’autres cultures du monde, le rapport au temps est complètement différent. On pourrait avoir des cultures où le futur n’est pas devant mais derrière nous, puisque la seule chose que l’on voit quand on invoque au rapport au temps, ce sont les souvenirs : le futur reste invisible. Michael Roch, continue tu m’intéresse #45 du 26 mai 2026
Je trouve très puissante cette image d’un passé devant nous, bien visible, et d’un futur derrière nous, encore masqué. Plus j’y réfléchis, plus je m’imprègne de cette philosophie.
Finalement, même le présent ne nous est que partiellement révélé : nous ne voyons que notre environnement proche ; il est impossible d’avoir une vision d’ensemble de tout ce que se passe autour de nous. Et de la même façon que notre champ de vision comporte des angles morts, une vision périphérique moins précise. Nous pouvons certes nous concentrer sur un point et l’examiner, mais c’est alors éclipser tout le reste, tout comme on ne peut se tenir informer de chaque évènement se déroulant sur Terre.
Le passé, plus lointain dans ce même champ de vision, permet une meilleur vue d’ensemble, mais les détails sont de plus en plus difficiles à percevoir alors qu’ils s’éloignent.
Et le futur dans lequel nous avançons à reculons reste en fin de compte une aventure pleine de mystères que nous ne découvrirons qu’en le traversant. Nous pouvons essayer de le deviner en extrapolant ce que nous voyons dans le présent et le passé, mais nos prédictions ne sont que devinettes et spéculations.
Il y a bien sûr de la richesse dans la représentation occidentale du temps. Alors que nous avançons à l’aveuglette dans un futur indiscernable comme dans un brouillard, le passé nécessite que l’on se retourne pour le contempler.
Cette image illustre bien la capacité de l’Homme à oublier, et l’importance d’un effort conscient de mémoire et de préservation de notre Histoire.
À cela s’ajoute le fait que le passé lui-même est incertain et malléable. D’un point de vue subjectif, en tout cas. Car nos mémoires sont imparfaites, nos souvenirs imprécis et incomplets. À chaque fois que nous nous remémorons quelque chose, la lumière de nos conscience font un peu fondre la cire de nos mémoires, les remodelant à chaque fois2.
Même notre science historique n’est pas toujours fiable, car « L’Histoire est écrite par les vainqueurs »3.
J’aime beaucoup découvrir ces petites perles de philosophie, qui en une phrase transforment ma vision du monde et m’enrichissent de quelque chose de nouveau. Et ce podcast est riche en de telles perles.
Hier est derrière. Demain est un mystère. Mais aujourd’hui est un cadeau : c’est pour ça qu’on l’appelle le présent. Maître Oogway, Kung-Fu Panda (2008)
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Je vous encourage chaudement à écouter a minima les 15 premières minutes de cet épisode, car Michael Roch y défini ce genre artistique dont j’ignorais tout avec beaucoup de clarté. ↩︎
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Non seulement nous sommes influençables par de nombreux biais, mais le simple fait de se souvenir de quelque chose le modifie. C’est d’ailleurs là dessus que repose de nombreuses psychothérapie, notamment TCC et EMDR. Pour en savoir plus ↩︎
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L’histoire est écrite par les vainqueurs, Par Frédéric Sallée ↩︎