Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a présenté aujourd’hui en Conseil des ministres un projet de loi visant à créer de nouveaux délits sur la consommation de protoxyde d’azote, sur le transport de cette substance et la conduite sous son emprise. Laurent Nuñez a précisé hier soir sur TF1 vouloir des mesures « extrêmement dissuasives » et a proposé une peine d’un an de prison pour son inhalation. La consommation de ce gaz hilarant à des fins récréatives progresse depuis plusieurs années, selon l’agence nationale de sécurité sanitaire Anses.
Brief.me du 25 mars 2026

Qu’il est frustrant de voir que nos politiciens n’ont rien appris des résultats désastreux des décennies de lutte répressive contre le mésusage des psychotropes… Quand l’occasion se présente, ils répètent les mêmes erreurs : punir et interdire, au lieu de remettre en question le modèle établi.1

Ces politiques de répressions semblent basées sur l’idée franchement ringarde que la toxicomanie est le fruit d’un manque de volonté, d’une paresse ou d’une volonté de nuire. Une doctrine (qui me semble très catholique) voulant que les addicts l’ont bien cherché et seront punis pour leurs péchés.
Ce paradigme montre un manque viscéral de compréhension (et disons-le : d’empathie) négligeant le consensus établit qui indique que le mésusage des drogues est lié à de nombreux facteurs, et dont la volonté du sujet n’est pas le principal. Isolement, dépression, comorbidités psychiatriques, pauvreté, ces facteurs de risque sont nombreux et bien étudiés.

C’est d’autant plus frustrant que d’autres solutions existent, prouvant leurs résultats là où la “War on Drugs” n’expose que sa cruauté, ses biais et son inefficacité. Nombreuses sont maintenant les études qui montrent que les pays qui optent pour des centres d’aide aux consommateurs (comme la Suisse et l’Espagne) sauvent plus de vie, et extraient les victimes d’addictions aux stupéfiants de la misère financière et sociale, protégeant ainsi ces derniers du principal facteur de risque de rechute.2
Mais j’imagine qu’il est plus facile (et politiquement plus favorable) de se montrer en “homme fort” et dur écrasant les dealers et les addicts, parasites de notre société ! “sauvant nos enfants” ! plutôt que d’avouer que notre système social blesse et délaisse, et de remettre en question le fonctionnent de notre société qui pousse à l’isolement et à la dépression, sans leur proposer de système de santé capable de les secourir.

J’admets volontiers que l’usage au volant de tout stupéfiant doit être réprimandé, car il met en danger d’autres personnes ; et que de même le trafic des substances stupéfiantes doit être puni.
Mais pour ce qui est de l’usage et de la consommation, la répression est un stratégie dépassée, reposant sur une représentation périmée des troubles addictifs, dont les effets bénéfiques sont largement insuffisants par rapport à ses conséquences, et pour laquelle des alternatives plus humaines et plus efficaces existent et sont bien connues à l’étranger. 3

Qu’il est frustrant, disais-je, de répéter encore et encore les mêmes erreurs par ignorance ou par paresse.


Ouverture

Cette petite vidéo de Kurzgesagt est un rapide mais précis aperçu du problème et peut servir d’ouverture pour ceux cherchant plus d’informations. [En anglais, sous titre français disponibles, 6'25"]



  1. Protoxyde d’azote : la Fédération Addiction alerte sur des drames évitables et appelle à des vraies mesures de préventionFederation Addiction.fr ↩︎

  2. Four Pillars of Drug Strategy, article en anglais. ↩︎

  3. Interview avec le Dr Irène Coman, neurologue : “Le protoxyde d’azote, un gaz psychoactif à l’usage détourné par les jeunes, attention danger !Addict Aide.fr ↩︎