Avec ma femme, nous avons envie de faire attention à ce que nous jetons. Le zéro déchet, bien que théoriquement réalisable, nous demanderait un effort colossal (encore plus maintenant que notre premier rejeton rempli nos vies de joie, de sourire, et de couches délicatement parfumées). Néanmoins, on peut tout de même changer quelques petites choses1.

Une de ces petites choses est les mouchoirs en papier. La génétique nous ayant tous les deux dotés de nez qui aiment qu’on les soigne, nous avons souvent besoin de mouchoirs. Mais il est un peu triste de les acheter par paquet de 150 pour les voir finir en quelques jours dans la poubelle.

Nous avons grandi en voyant nos grand-pères toujours un mouchoir en tissu dans leurs poches. Pollen, virus ou autre désagrément, ils étaient parés à faire face à toute situation. Ils dégainaient leur carré de coton avec l’aisance de cowboys sortant leurs 6-coups et terrassant les bandits.

J’ignore pourquoi nous éprouvions une grande réticence à en utiliser nous-même. Il y a quelque chose d’un peu sale, pas hygiénique, à réutiliser plusieurs fois le même mouchoir quand on a été habitués à les jeter par poignées entières. Nous avons pourtant sauté le pas sans difficultés aucunes concernant les serviettes de table, mais peut-être est-ce l’aspect “morveux” de ces objets qui les rend si peu attrayants ?

C’est finalement une citation que ma mie m’a lue (dont je ne retrouve ni le texte ni l’auteur… Tristesse.) qui a achevé de me convaincre. Je la paraphrase donc maladroitement. L’idée était que ce qui fait qu’une chose devient un déchet est qu’on ne lui apporte plus assez de valeur, et qu’on choisi donc de le jeter par manque d’intérêt pour lui.
Mais puisque mes mouchoirs en papier prennent beaucoup d’intérêt dans le fait que je ne veuille pas les jeter, alors ce ne sont plus des déchets.

Je vous accorde que ce raisonnement n’est pas des plus robustes, et que mon argumentaire n’est pas aidé par le fait qu’internet semble incapable de m’aider à retrouver cette citation2. Mais je me suis convaincu moi-même, et à l’occasion de courses dans un magasin de déco, nous avons acheté une demi-douzaine de carrés aux motifs de carreaux rouges et verts. Total rétro.


Ça fait maintenant un bon moment que je me balade avec, et j’en suis ravi. Inutile de développer pendant des heures : ce sont de bêtes mouchoirs. Ils sentent bon la lessive (faite maison, j’en reparlerai peut-être un jour), ils sont jolis, il y a quelque chose de satisfaisant à en prendre un tout propre dans mon tiroir. Mais au final ce sont des mouchoirs : ma vie n’a pas changé de les savoir réutilisables.

Je suis tout de même très satisfait de n’avoir pas racheté un seul mouchoir jetable depuis début décembre. Ma chérie écoule lentement ceux en papier qui nous restent, car elle n’a pas encore franchi ce cap, mais elle le fera quand les stocks seront épuisés, j’en suis sûr.


  1. Nous passerons sous silence le débat qui divise ① ceux qui disent les efforts individuels sont insuffisants et qu’il faut un changement profond du système où ce sont les industriels qui sont incités par l’état à changer leurs moyens de production, et ② ceux qui pensent que tout effort en dessous du maximum est insuffisant et naïf. Je trouve que ce sont deux opinions pertinentes, mais ce billet n’a aucunement l’ambition de porter aussi loin. Il nous plaît de changer cet aspect de notre mode de consommation, aussi nous le faisons. Et paf. ↩︎

  2. Si vous avez une idée de quelle citation je parle, n’hésitez surtout pas à m’écrire ! Je crois qu’elle vient d’Aurélien Barrau, mais même ça me semble douteux… ↩︎