Je suis un végan digital autoproclamé : je suis toujours en quête de protection des données et d’un internet libre. Ce qui veut dire que j’évite autant que possible les géants du web et leurs pratiques anti-concurrentielles
Pour ce qui est des recherches internet, j’ai abandonné Google depuis longtemps. Quand je vois aujourd’hui la façon dont ces derniers extraient le contenu des sites pour en présenter des abrégés aux internautes, privant les auteurs de revenus sans pour autant leur attribuer crédit1, comment de l’IA générative remplace les résultats par ses hallucinations2 au prix d’un bilan carbone effroyable3, et comment les résultats de recherche sont volontairement de moins bonne qualité qu’ils ne l’ont été dans le passé4, je me félicite de mon choix.
À la place, j’utilise DuckDuckGo. J’ai choisi ce moteur de recherche pour ses valeurs de protection des données. Il y en a d’autres (Qwant, Ecosia, Startx…), mais c’est de celui-ci dont j’apprécie le plus les résultats et l’interface. J’aime aussi en utiliser les bangs, petits raccourcis accélérant certaines recherches.
Pour fonctionner, DuckDuckGo reçoit votre requête, en retire les données identifiables, et interroge différents moteurs de recherche tel que Bing de Microsoft, Yahoo ou Yandex avant d’en travailler les résultats pour vous les présenter.
J’ai bien conscience que ma requête finit pas passer entre les mains de Microsoft, mais il n’y a à l’heure actuelle pas d’autre solution. Peut-être qu’un jour, des initiatives indépendantes et libres tel que l’Open Web Index européen permettront de faire mieux, mais ce jour n’est pas encore venu.
DuckDuckGo gagne sa croûte au moyen de publicité, mais celles-ci ne sont pas ciblées ; c’est-à-dire que la compagnie ne collecte pas de données pour créer un profil de vos habitudes et y adapter ses résultats. Les publicités proposées sont liées au contexte de la recherche (propose des des gants quand l’utilisateur cherche des gants) et non à qui la fait.
Mais apprenant que Microsoft met fin à Bing au profit de l’intelligence artificielle, je me suis inquiété du devenir de cet outil, par nature dépendant de ses concurents.
Je me suis donc intéressé à Kagi, un moteur de recherche qui renverse l’adage « si le produit est gratuit, alors vous êtes le produit » et devient payant. Au prix d’un abonnement, le service promet de respecter les données personnelles de ses utilisateurs, sans pistage ni publicités.
On peut l’essayer gratuitement pour 100 requêtes, et je me suis donc lancé dans l’aventure..
Kagi, à l’usage
A l’emploi, Kagi est tout à fait fonctionnel. Comparé à DuckDuckGo, j’ai trouvé les résultats aussi bons et adaptés à mes besoins. J’ai rarement eu besoin de reformuler ma recherche, et j’ai en général trouvé ce que je cherchais.
L’interface est classique, sobre et assez efficace : pas besoin de défiler au-delà de liens sponsorisés ou résumés remplissant toute la page pour obtenir les premiers résultats pertinents.
J’ai même retrouvé les Bangs! de duckduckgo, et ceux-ci fonctionnent tout à fait correctement.
J’ai bien aimé la possibilité de bloquer, brider ou booster certains sites internet directement depuis les résultats de recherche. J’ai ainsi pu bannir Doctissimo et Amazon, et valoriser certains sites et blogs dont j’apprécie le contenu. Chaque utilisateur peut donc personnaliser ses sources et résultats de reherche.
Les “Lentilles” (Lenses) sont une autre fonctionnalité intéressante. Ce sont comme des environnements de travail, où l’on définit des paramètres afin de filtrer les résultats : chercher parmi certains sites, bannir certains autres, ajouter ou exclure des mots clefs ou certains types de fichiers.
Parmi les fonctions liées aux images, l’étiquetage automatique des images générées par IA aide beaucoup à trouver des images pertinentes.
J’ai bien aimé également la fonction « Kagi small web », qui permet de chercher et naviguer les blogs indés. J’ai par la suite découvert d’autres outils qui font la même chose, mais c’était intéressant tout de même.
Kagi est donc un bon moteur de recherche, à l’usage du moins. Je ne l’ai pas trouvé spécialement meilleur que DuckDuckGo malgré quelques fonctionnalités intéressantes. Malgré cette non-supériorité, payer pour financer un internet indépendant des Gafam, neutre et respectueux des données personnelles est un calcul que je pourrais parfaitement considérer.
Toutefois, mon avis ne s’arrête pas là…
Points noirs (à mes yeux)
Kagi fait comme tous les moteurs de recherche, à ma grande tristesse, et s’est embarqué corps et âme dans l’emploi massif de LLM. Ainsi, tous les reproches que je peux faire à Google s’appliquent également à Kagi : synthèse d’article détournant les internautes des sites source, impact économique, sociétal et écologique… tous mes griefs sont là encore présents.
Pour la plupart des utilisateurs, je suppose que c’est une bonne chose, incluant à leur abonnement payant l’accès à un LLM. Pour moi qui les évite, c’est un fort point négatif.
Par ailleurs, Kagi est un service américain, basé aux USA. Leur législation me fait grandement douter de la fiabilité de la protection de mes données personnelles. DuckduckGo est américain aussi, mais ne gardent aucune donnée liée au profil de leurs utilisateurs. Or, pour fonctionner, Kagi enregistre l’historique des recherches : un log des habitudes de ses clients, ce qui rend leurs données beaucoup plus précieuses et sensibles. Ils disent toutefois ne pas garder traces des liens cliqués et sites visités.
Enfin, Kagi fourni ses résultats à partir de l’amalgame d’autres moteurs de recherche, exactement comme le fait DuckDuckGo. Ceci le rend à mon avis tout aussi vulnérable à la bonne volonté de ces autres sites, et ne me rassure donc pas quant à la fin de Bing.
Le prix
On peut essayer Kagi gratuitement. Créer un compte ne nécessite pas de justificatif de paiement, et permet d’utiliser librement le moteur de recherche pour jusqu’à 100 requêtes. Si l’on est convaincu de l’intérêt du projet, il faut passer à la caisse.
| Starter | Professionnel | Ultime | |
|---|---|---|---|
| Prix (mensuel/annuel) | 5$ / 54$ | 10$ / 108$ | 25$ / 270$ |
| Nombre de recherches (par mois) | 300 | ∞ | ∞ |
| IA | Modèles simples | Modèles simples | Modèles Premium + modes recherche |
À noter que Kagi ne vous facturera le mois si vous n’avez pas utilisé votre compte une seule fois.
Pour moi, ces prix sont trop élevés. Peut-être que si je souhaitais un abonnement LLM, cela me permettrait de recouper une partie de ce coût, mais ce n’est pas mon cas.
Conclusion
Kagi est un service qui marche bien, mais dont la plus-value ne justifie pas à mes yeux le prix non négligeable. Je comprends bien l’intérêt d’un abonnement pour s’affranchir de la publicité, mais l’argument me semble, cette fois-ci, insuffisant à lui seul.
S’il s’agissait d’un projet complètement open source, défendant activement la liberté du net comme Protonmail ou Wikipedia, je considérerais cet abonnement comme une donation et un investissement dans un web plus sain.
Si Kagi construisait leur propre robot-crawler pour construire eux-mêmes un index du web, indépendant des autres services, là aussi je trouverai une raison de les soutenir.
Toutefois, payer cette somme pour un agrégateur de recherche qui a peu de fonctionnalités originales, qui utilise comme source des moteurs entre autres russes (Yandex) et qui investi lourdement dans l’intégration de LLMs n’est pas aligné avec mes valeurs personnelles. De plus, associer tout mon historique de recherche à un compte identifiable ne me semble pas assez respectueux des données personnelles.
Ajouté à cela le fait que j’essaie de prendre de la distance avec les services américains, et Kagi perd toute attractivité à mes yeux.
Si un jour DuckduckGo vient à disparaître, et qu’aucun projet libre, respectueux des données, indépendant et européens ne le remplace, alors je reconsidérerai mon choix. Mais ce jour n’est pas encore venu.
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Ranktracker : Attribution and Fair Use in Generative Search Results ↩︎
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Mozilla Foundation : When Search Engine’s AI Overviews Are Bad, They’re Really Bad — What’s The Fix? ↩︎
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GreenIT : IA – Ses véritables impacts, en pleine augmentation ↩︎
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Impactlabs : Why Google’s Results Are Now Worse Than Its Competitors . Cet article est particulièrement intéressant, j’en recommande chaudement la lecture. Il explique pourquoi Google a un intérêt financier à proposer un produit de qualité moindre ! Je pensais que la perte de qualité de leurs services était simplement dû à la paresse qu’entraîne une position de monopole, mais elle est en fait le fruit d’une démarche délibérée ! ↩︎