La chevalerie peut sembler être un modèle désuet et dépassé.
Et je serais d’accord si par être chevaleresque ont entend être un gros bonhomme en armure, invulnérable et conquérant, dont le courage frise l’inconscience.
Je trouve en effet qu’un autre exemple d’humanité (et dans mon cas : de masculinité) m’attire d’avantage. Je me reconnais bien mieux dans un Doctor Who, agile et astucieux ; un Norbert Dragonneau, doux et soigneux ; un Ginko1, calme et recherchant l’équilibre naturel des choses.
Sauf que ma compréhension de la chevalerie ne contredit aucunement ces autres figures d’inspiration.
Quand on me parle de chevalerie, je pense au roi Arthur. Et plus précisément le roi Arthur interprété par Alexandre Astier dans sa série Kaamelott.
J’admets que le personnage est loin d’être sans défaut. En fait, c’est même le bit de l’auteur que d’en faire un être plein d’incertitudes et de faiblesses. Mais si Arthur est proie aux doutes, à l’impatience, à la dépression, il a à coeur de montrer l’exemple et d’inspirer ceux qui le suivent. On le voit ainsi refuser de s’échapper en laissant ses blessures de phlébotomie visibles au cas où un enfant le verrait (livre 5 épisode 8). On le voit apprendre les règles du jeu du Pélican pour que Perceval ne se sente pas seul (Livre 4 épisode 71). On le voit plusieurs fois donner cours aux écuyers aspirant à rejoindre sa table ronde.
Et c’est à l’occasion d’un de ces cours (Livre 3 épisode 86) qu’il nous offre sa définition de la Chevalerie. Tâtonnant d’abord avec de grands mots comme “abnégation” et “empathie”, il fini par résumer simplement et efficacement :
On peut douter de tout, sauf de la nécessité de se trouver du côté des opprimés.
Bien que l’épisode ne laisse qu’un instant flotter avant de lancer une boutade et nous détourner de cette perle, cette phrase fait écho en moi. Cette idée fondamentale de la bonté est développée à nouveau après plusieurs saisons, bien après que la série ai cessé d’être purement burlesque.
Arthur, alors jeune et influençable, pas encore roi, et cherchant sa voie (et sa voix), rencontre César. Il trouve en l’imperator d’abord un chef, puis un modèle, et le vieil homme lui donne un conseil qui sera Arthur comme un mantra.
Des chefs de guerre, il y en a de toutes sortes. Des bons, des mauvais, des pleines cagettes, il y en a. Mais une fois de temps en temps, il en sort un. Exceptionnel. Un héros. Une légende. Des chefs comme ça, il y en a presque jamais. Mais tu sais ce qu’ils ont tous en commun ? Tu sais ce que c’est, leur pouvoir secret ? Ils ne se battent que pour la dignité des faibles.
“La dignité des plus faibles”.
Quel écho au Graal, la lumière pour tout les peuples ! Voilà la divergence fondamentale entre Arthur et Lancelot, qui lui n’est prêt à se battre que pour, et surtout avec, ceux qu’il juge dignes.
C’est donc l’abnégation et l’empathie qu’Arthur nous propose comme ligne de conduite, et il s’agit là d’un puissant compas moral. Avec celui-ci, le chevalier “ne lutte jamais pour un concept, par routine, ou même par zèle : il lutte contre les causes d’une souffrance partagée. C’est la raison pour laquelle il est incorruptible”.
Et j’ai grand peine à imaginer un monde, même seulement une situation, où je me tromperais à suivre cet exemple.
Maman, je veux devenir chevalier.