Je profitais d’un grand ménage dans mon audiothèque1 pour étudier lesquels des genres musicaux que j’écoute souvent manquent de diversité d’artistes ou de titres, ceci afin d’enrichir ma collection et d’élargir mes horizons. N’utilisant aucun service de streaming, je ne peux m’appuyer sur les algorithmes de recommandation pour découvrir des nouveautés : je dois le faire à la main, avec des recherches internet, lisant les blogues de gens de bon goût, tendant l’oreille dans les boutiques et chez les amis, et tout.
J’aime cet exercice : il m’a permis de découvrir quelques pépites, comme le chant tribal-mystique Rasa de CHVE, dans une petite boutique à Dinan, ou encore Meanwhile via le blogue de Lamecarlate dont j’avais déjà parlé. Et cette fois-ci, je suis tombé sur une bizarrerie des plus bizarres. Ça fait deux fois bizarre, mais c’est mérité.
J’ai donc découvert l’album Officium, fruit de l’alliance improbable entre le saxophoniste Jan Gabarek et la chorale de chants médiévaux Hilliard Ensemble. Qu’est ce qu’un joueur de jazz fait au milieu des échos grégoriens d’une cathédrale, serait-on en droit de demander. Et pourtant, cet alliage fonctionne outrageusement bien.
L’instrument vient répondre aux voix, les accompagner et les renforcer. Celles-ci scandent et chantent leur latin, imperturbables dans la rigueur austère et sacré qu’on peut attendre d’une telle chorale, alors que le bois semble virevolter autour, tantôt discret ou assourdissant de modernité. Dissonant presque parfois avant de s’accorder sur les unissons du chœur, il semble transpercer le temps et fait comme un pont entre les âges.
J’entends cette composition comme une toile de fond ancienne et distante, figée et imperturbable, que vient visiter la chaleur vibrante et souple du jazz. Il y a pour moi deux couches bien distinctes qui se superposent là, et en émerge un mélange paisible, harmonieux, révérable. C’est une délicieuse musique de fond sonore, qui a le mérite d’être intéressante en plus d’être agréable à écouter. Elle s’inscrit dignement dans ma collection, au creux de ma playlist “Dimanches Matins”.
Ne nous voilons pas la face : c’est un genre très spécifique qui ne plaira pas à tout le monde, rien que par le fait qu’il mêle chants grégoriens et jazz, deux école qui même séparément ne sont pas toujours aimées. Mais la démarche artistique est singulière et mérite a minima la curiosité. Je vous place ici les extraits de 3 des 15 pistes, pour vous faire une idée.
| 01 Parce Mihi Domine | Jan Garbarek, The Hilliard Ensemble |
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| 03 Sanctus | Jan Garbarek, The Hilliard Ensemble |
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| 05 O Salutaris Hostia | Jan Garbarek, The Hilliard Ensemble |
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L’album est disponible en streaming et sur youtube. Pour ma part, adepte que je suis de posséder une copie sans DRM2 de mes achats, j’ai choisi d’en acheter une copie sur Qobuz.
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Je n’utilise aucune plateforme de streaming. Payer un abonnement pour écouter ma collection musicale par internet, être tributaire de ma connexion au réseau, du bon vouloir des studios de production, contribuer à l’exploitation des artistes par les plateformes, tout ceci en polluant par mes téléchargement répétés et l’usage de datacenters, alors que garder une copie d’un banal fichier audio sur mon ordinateur est tellement facile… très peu pour moi.
Quand je veux découvrir un morceau, je vais sur Youtube juste assez longtemps pour décider de si elle me plaît assez pour que je l’achette. Ensuite, j’utilise beets pour gérer ma collection. ↩︎ -
DRM : digital rights management. Ce sont de petits verrous logiciels présents dans certains achats numériques qui protègent le fichier contre la copie et le partage. Une conséquence de ces verrous est que vous pouvez perdre l’accès à votre fichier si l’éditeur décide ce vous le retirer, fait faillite, ou simplement néglige de maintenir son infrastructure. ↩︎