La lecture d’un article de blog de MirroredWorld1 m’a fait réfléchir sur une habitude que j’ai et qui m’a longtemps posé problème.
L’article traite de la timidité qu’ont peut avoir à exposer ses connaissances ou à donner son avis, convaincus que nous sommes que ces savoirs sont connus de tous, et donc trop banals pour être partagé. L’auteur y argumente que tout savoir, même incomplet, mérite d’être exposé. On ne sait jamais, explique-t’il, comment il va être reçu par celui qui le découvre. Peut-être que mon expérience servira de point d’entrée à quelqu’un d’autre ? ou reflétera une autre facette d’un sujet par ailleurs bien exploré ?
Je suis depuis longtemps un peu touche-à-tout : je multiplie les centres d’intérêt et les “lubies” avant de finalement les délaisser au profit d’une nouvelle curiosité. Cela m’a pendant longtemps complexé, car j’avais le sentiment de n’être vraiment bon nulle part et de ne pas aller au bout de mes projets.
C’est finalement ma moitié qui m’a permis de changer de point de vue et d’embrasser pleinement ce trait de caractère :elle m’a invité à voir cette curiosité non pas comme une incapacité à être rigoureux, mais comme une curiosité des expériences, une vraie polyvalence.
Depuis ce changement de paradigme, j’assume plus volontiers la diversité de mes centres d’intérêt : de la photographie au café, du jeu de rôle à l’informatique, en passant par le scoutisme, les cerf-volants, les cartes Magic, les jeux vidéos, la couture et le bricolage, j’en passe. Malgré le fait que je ne pratique plus une grande partie de ces loisirs depuis un moment, ils demeurent sujets d’intérêt et font partie de mon expérience du monde.
Malgré tout, je méprise et redoute l’effet Dunning-Kruger2, ce biais cognitif qui fait parler en experts ceux qui n’ont qu’une compréhension limitée d’un domaine. De nombreux politiciens et journalistes (kof kof… Trump… kof kof) s’illustrent par une conviction inébranlable dans des avis objectivement crétins (vaccins…). J’ai peur de commettre la même erreur et que mes lubies ne me fassent affirmer faussement des choses tout aussi idiotes.
L’ultracrépidarianisme est un comportement consistant à donner son avis sur des sujets à propos desquels on n’a pas de compétence. Wikipedia
Ainsi, je ressens une certaine responsabilité, une pression à ne pas parler de certains de ces sujets intéressants, de peur de ne pas en savoir assez, de ne pas être légitime à avoir un avis, ou de propager des erreur les concernant. Je me suis donc pleinement reconnu dans l’article cité plus haut1. Ce billet énonce clairement ce que je ressens : une envie de partage, indépendamment de la justesse de mes opinions.
J’ai le sentiment qu’il me faut réconcilier ces deux pulsions, de partage mais de rigueur. Je crois qu’il me faut pour cela ; une présentation moins rigoureuse peut être, mais plus humble et flexible, s’affichant clairement pour ce qu’elle est : une opinion malléable et sujette à changement de quelqu’un encore en cours de découverte.
Ainsi affranchi d’une exigence d’exactitude inatteignable, la curiosité redevient légitime, et le partage de celle-ci un plaisir. La remise en question et l’évolution des avis n’est plus une contrainte, mais le but même de l’exercice. en clair : “Soyons prompts à chercher, soigneux à comprendre, ouverts à réapprendre”.
Formulé ainsi, j’ai l’impression de redécouvrir l’essence même de démarche scientifique. Ce qui me plaît beaucoup.
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All in a Golden Afternoon @MirroredWorld, 14 fevrier 2026, (en anglais) ↩︎ ↩︎
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“L’effet Dunning-Kruger, aussi appelé effet de surconfiance[1], est un mécanisme cognitif par lequel les personnes les moins qualifiées d’un groupe tendent à surestimer leur compétence dans un domaine.” Wikipiedia ↩︎